Origine du
bouddhisme tibétain
La
bouddhisme a pris naissance dans le nord de l'Inde sous l'impulsion
des enseignements du
prince Siddharta Gautama,
né vraisemblablement en 653 avant J.C., et reconnu plus
tard comme le bouddha historique Sakyamuni. Réunissant ses
disciples en une communauté monastique, d'abord intégrée à la
tradition brahmanique, Siddharta Gautama rejeta certains aspects
de la philosophie hindouiste de l'époque en niant la validité de
certaines écritures védiques, en rejetant les cultes
sacrificiels qui en découlaient et
en réfutant que le niveau spirituel d'une personne était
lié à une caste par sa naissance.
Hinayana
Au coeur de l'enseignement du Bouddha
réside
quatre grandes vérités. La vie est souffrance, une
souffrance sans fin qui se perpétue à travers le
cycle des réincarnations successives (samsara).
La souffrance a pour cause l'ignorance de la véritable nature
de l'homme et du monde, ignorance qui le conduit dans une quête
incessante du bonheur par la satisfaction de ses désirs
et son attachement à sa propre existence et à celle
des autres qui le condamnent à se perpétuer. Le bonheur
ne peut qu'être temporaire car rien n'est durable :
l'univers est soumis à la loi de l'impermanence, tout est
en constante transformation. Le but ultime de l'homme consiste à atteindre
le nirvana, un état d'illumination qui, par la
pratique quotidienne des vertus les plus exemplaires, met fin à l'ignorance,
et partant, à la souffrance, brisant ainsi le cycle des
réincarnations. L'être atteint alors un état
de conscience au-dessus de toute définition. Quête
philosophique complexe, doctrine sans dieu centrée sur le
salut individuel, le nirvana n'était à toutes
fins pratiques réservé qu'aux lettrés qui
pouvaient accéder aux ordres monastiques. Cette doctrine
donna naissance à plusieurs écoles, toutes centrées
sur la voie monastique comme moyen d'atteindre le salut individuel.
Simplifié à l'extrême, tel est l'essentiel
de la doctrine originelle Theravada.
Mahayana
Une courant de pensée s'en détacha.
Contrairement à la doctrine Theravada désormais surnommée
Hinayana (Petit Véhicule), le Mahayana (Grand Véhicule),
insista sur l'entraide nécessaire à l'illumination
en s'appuyant sur les boddhissatvas, ces vertueux ayant
atteint la sagesse, dotés de compassion et capables de retarder
leur accession au nirvana pour aider les autres à se
libérer de la souffrance et atteindre la perfection. On
en vint à considérer le Bouddha non plus seulement
comme le grand maître des enseignements originels mais comme
un être éternel et omniprésent. Plusieurs autres
dieux firent leur apparition pour constituer un véritable
panthéon bouddhiste. Le Mahayana gagna rapidement le nord
de l'Inde. Il se subdivisa en plusieurs sectes et se propagea au
Tibet, au Japon, en Indonésie, etc.
Vajrayana
Vers le Ve siècle, sous l'influence
des doctrines tantriques hindoues, l'une de ces sectes intégra
aux principes du Mahayana, des pratiques et des croyances populaires
issues de croyances animistes, donnant ainsi naissance au Vajrayana
(Véhicule du Diamant). Le Vajrayana préconisait le
recours à un ensemble de rituels ayant pour but de canaliser
l'énergie pour progresser plus rapidement sur la voie de
l'illumination. Introduit au Tibet en 640, lorsque le roi Songtsen
Gampo fit de cette doctrine la religion d'État, le
Vajrayana fut confronté à la religion bon essentiellement
animiste. Les prêtres bonpos usaient de pratiques magiques
et divinatoires pour soi-disant manipuler les mauvais esprits.
Malgré leur rivalité, ces deux religions partageaient
une même conception de l'univers, une superposition de trois
mondes : le monde supérieur des dieux et bons génies,
le monde médian des hommes et des animaux et enfin le monde
inférieur des esprits malfaisants. Tant les prêtres
bonpos que les prêtres bouddhistes cherchaient, par des moyens ésotériques, à maîtriser
le monde supérieur et le monde inférieur.
Lamaïsme
Vers
750, Padmasambhava, aussi appelé Guru Rimpoche,
tâcha
d'unifier la doctrine Vajrayana et les cultes
bonpos, ce qui donna naissance à une nouvelle
forme de bouddhisme : le bouddhisme tibétain
ou lamaïsme. Le grand maître du bouddhisme
tibétain
fonda la secte Nyingmapa (Lignée des Anciens)
et ses moines prirent la robe et la coiffe rouges pour
se distinguer
des prêtes bonpos.
Pour lutter contre la domination de la religion bon,
d'autres ordres virent le jour au cours des siècles
suivants : celui des Sakyapas, celui des Kagyupas,
celui des Karmapas, tous désignés par la
dénomination
de « Bonnets rouges ». Ces sectes
rivalisèrent
pour étendre leur influence sur le Tibet. Cette
religion pénétra
toutes les couches de la société tibétaine,
au point de se confondre avec sa culture. Elle a très
tôt
franchi les frontières du Tibet
pour essaimer partout dans le haut Himalaya en rejoignant le
nord de l'Inde (Ladakh, Sikkim), le nord du Népal (Dolpo,
Humla, Mustang, Khumbu) et le Bhoutan. Vers
le XVe siècle, le réformateur Tsongkhapa
rassembla en un canon unique, les éléments
essentiels de tous les enseignements bouddhiques et fonda
l'ordre des Gelugpas,
la Lignée des hommes vertueux, dont les moines prirent
la coiffe jaune et devinrent dans le langage populaire,
les « Bonnets
jaunes ».
Dalaï-Lama
Le guide de cet ordre devint
le chef spirituel et temporel du Tibet. Le troisième guide
reçut
d'un roi mongol, le titre de Dalaï-Lama (Océan
de sagesse), titre qui fut attribué rétroactivement à ses
prédécesseurs. Chaque Dalaï-Lama fut
dès
lors considéré comme la réincarnation
de son prédécesseur. Tenzing
Gyatso, chef actuel du Gouvernement du Tibet en exil et XIVe Dalaï-Lama
est reconnu par la communauté tibétaine et tous les
ordres religieux du lamaïsme comme le chef suprême du
Tibet. Sous la menace chinoise, le Dalaï-Lama dû quitter
le Potala pour s'enfuir en Inde en 1959. Son Gouvernement en exil
est établi depuis à Dharamsala. Le Panchen Lama (Grand Érudit)
et le Karmapa, qui sont aussi la réincarnation de leurs prédécesseurs,
sont respectivement les deuxième et troisième dignitaires
de la hiérarchie lamaïste. Se consacrant essentiellement
aux affaires religieuses, le Panchen Lama a notamment pour fonction, à la
mort du Dalaï-Lama, de diriger les recherches afin d'identifier
sa réincarnation.
Pour l'actuel Dalaï-Lama,
la progression vers le nirvana peut passer par plusieurs
chemins complémentaires. Le bouddhisme tibétain a
tâché d'intégrer les trois tendances (Hinayana,
Mahayana et Vajrayana) pour en faire un ensemble cohérent.
Selon lui, «...tous les enseignements convergent vers le
même but : soulager la misère en brisant le cycles
des réincarnations. »