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D'hier à demain : histoire et perspective
Aussi gigantesque et impressionnant soit-il, l'Himalaya n'en demeure pas moins vulnérable. Relativement jeune, cette chaîne continue de s'élever de quelques milimètres par année sous l'effet de l'avancée de la plaque indienne sous la plaque asiatique. Elle est donc géologiquement active et instable. En outre, l'accroissement de la population, la surexploitation des ressources naturelles par les populations locales, la chasse et même la guerre ont des effets dévastateurs sur les sols, les forêts, la faune et la bio-diversité du massif.
 

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Enjeux environnementaux

Les phénomènes naturels tels les tremblements de terre, l'érosion glaciaire, les innondations et les glissements de terrains résultant des pluies de mousson, en conjuguant leurs effets, usent sans relâche la montagne et modifient sans cesse la physionomie du massif.

Le réchauffemment climatique

Selon un rapport présenté en avril 2007 par le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), qui, avec 2 500 chercheurs venus de 130 pays, fait autorité pour les questions d'évolution du climat, la fonte des glaciers de l'Himalaya sera l'une des conséquences les plus graves du réchauffement climatique. Si le réchauffement se maintient à son rythme actuel, les glaciers de l'Himalaya pourraient reculer à une vitesse très élevée pour ne recouvrir en 2030 que 20% de la surface qu'ils occupent actuellement, estime le GIEC.

Jennifer Morgan, directrice du programme sur le changement climatique mondial du World Wide Fund for Nature (WWF) déclare: « Dans un premier temps, la fonte rapide des glaciers himalayens va accroître le volume de l’eau dans les fleuves, provoquant d’importantes inondations. Mais dans quelques décennies, cette situation va évoluer et le niveau de l’eau va décliner, provoquant des problèmes économiques et environnementaux importants pour les peuples de Chine Occidentale, du Népal et du nord de l’Inde ».

La pression des populations sur l'habitat

Cependant, la présence de l'homme constitue sans doute le facteur le plus déterminant dans la lente transformation de l'Himalaya. La déforestation y atteint un point critique. Sous l’effet du développement industriel en Inde et de la surpopulation dans les basses terres du Népal, qui nécessite un accroissement de la superficie cultivable, les forêts se dénudent à un rythme alarmant. En moyennes montagnes, le déboisement des pentes par les populations locales, pour se procurer le bois de construction et le combustible dont elles ont besoin, entraîne des problèmes sérieux d’érosion du sol. L'effet des pluies de mousson s'en trouve multiplié car plus rien ne retient le sol rendu trop meuble. Les éboulis et les glissements de terrains qui en résultent causent des dégâts irréparables. Le Bhoutan semble toutefois échapper à ce cycle. Son plan de développement prévoit le maintien des forêts sur 60% de son territoire.

Là où la population s'accroît et où le milieu naturel se dégrade, la faune himalyenne s'appauvrit. Le tigre royal du Bengale, le rhinocéros unicorne, le léopard des neiges, le panda rouge, le buffle sauvage, pour ne mentionner que ces espèces, y sont menacés d'extinction. Le commerce des peaux de tigre et de léopard, même si interdit, se pratique encore. D'autres espèces animales sont chassées en raison des supposées propriétés médicinales de certaines parties de leur corps ou des ravages qu'elles occasionnent aux cultures et au bétail.

Le tourisme

Les grandes expéditions d'alpinistes ont attiré l'attention sur ces montagnes. Si la conquête des hauts sommets n'est pas à la portée de tous, on a réalisé aux cours des dernières décennies que les marches d'approche étaient davantage accessibles et qu'elles offraient un potentiel intéressant au plan du tourisme d'aventure. On a donc assisté à un accroissement significatif de l'activité touristique.

Certes, l'activité touristique favorise un apport important de revenus en devises fortes pour les pays himalayens et une certaine forme de développement en procurant de l'emploi aux populations locales (guides de montagne, porteurs, aubergistes, etc.) mais entraîne en même temps son lot de problèmes: surexploitation du bois comme combustible, dégradation des réseaux de sentiers, contamination des cours d'eau, pollution des régions les plus fréquentées en l'absence de moyens adéquats et de politiques pour gérer et disposer des milliers de tonnes de déchets laissés chaque année sur les itinéraires de trekking. Les pays himalayens ont répondu de différentes façons à cette problématique. Tandis que le Népal a ouvert sans trop de restrictions le pays aux touristes, le Bhoutan, plus soucieux de préserver son héritage culturel et son environnement, a opté pour un tourisme planifié plus restrictif. Toutefois, quelles que soient les politiques mises de l'avant, la problématique relative au tourisme demeure entière.

Enjeux socio-culturels

L'exposition durable des populations autochtones aux valeurs et habitudes des touristes provenant des pays développés ont souvent des effets néfastes sur leur culture. Les changements culturels nécessitent du temps pour s'opérer harmonieusement puisqu'ils affectent les mentalités de même que les modes de vie traditionnels. Trop brusques, ils peuvent déstabiliser les structures sociales des communautés. Tandis que certaines communautés, telle celle des Sherpas, se sont plutôt bien adaptées à ces changements en saisissant les possibilités qu'ils offraient, d'autres ont subi les effets désintégrateurs du processus d'acculturation. Comment les sociétés himalayennes parviendront-elles à concilier leurs spécifités culturelles aux impératifs du développement ?

Enjeux géopolitiques

Pararde d'armementAu plan géopolitique, l'Himalaya est une zone très sensible. Les tensions y sont nombreuses. Le Pakistan réclame toujours le Jammu-et-Cachemire indien. La Chine veut reprendre le contrôle de la partie septentrionale de l'Arunachal Pradesh indien. L'Inde veut pour sa part récupérer l'Aksaï Chin annexé par la Chine. Le Népal et le Bhoutan, enclavés entre ces super-puissances, font politiquement figurent de nains. Là-bas, on n'ignore pas le sort qu'a connu le Tibet, il y a une quarantaine d'années.

La situation du Tibet

Le Tibet a été annexé à la Chine en 1959 pour devenir officiellement la Région autonome du Tibet. Depuis, il ne lui reste d'autonome que son nom. Malgré les efforts du Gouvernement du Tibet en exil et des nombreux intervenants sur la scène internationale invitant la Chine à négocier un statut particulier pour le Tibet, à défaut de lui rendre son entière autonomie, cette dernière demeure inflexible sur la question du Tibet. Tandis que le Tibet se fait de plus en plus présent dans le monde pour sensibiliser l'opinion publique à sa cause, la Chine poursuit sa politique de colonisation de la soi-disante Région autonome du Tibet et tolère mal les interventions étrangères appelant à un assouplissement de sa politique. Qu'adviendra-t-il du Tibet ?

La dispute du Cachemire

L'Inde revendique la partie du Cachemire passée sous administration pakistanaise en 1972 à la suite d'une dispute frontalière. Le Pakistan s'y oppose fermement. Il est accusé par l'Inde de soutenir des activistes cachemiris militant pour l'intégration du Cachemire au Pakistan et menant à cette fin, des activités terroristes en territoire indien. Les troupes indiennes et pakistanaises, stationnées dans les hautes montagnes du Karakoram, s'affrontent fréquemment pour maintenir leur position sur le Saltoro et le glacier du Siachen, afin de s'assurer le contrôle de cette région considérée par les belligérants comme hautement stratégique.

L'Inde, le Pakistan et la Chine étant désormais des puissances nucléaires, les enjeux géopolitiques actuels en Himalaya font de cette vaste région, une zone de grande tension internationale. Aucun de ces pays ne permettra à un autre d'imposer sa loi sur l'Himalaya. Souhaitons que la maison des dieux ne devienne pas l'enfer des hommes.

 

 

 

La déclaration de Katmandou

Les initiatives visant la protection de l'environnement et du patrimoine culturel en Himalaya sont relativement récentes. Lors d'une rencontre internationale regroupant les associations d'alpinisme en 1982 fut adoptée la Déclaration de Katmandou. Celle-ci énonçait quelques principes visant à réduire les effets négatifs des activités de l'homme en montagnes et reconnaissait le besoin urgent de protéger l'environnement, la nécessité de préserver l'héritage culturel des populations autochtones et de respecter leur dignité, l'urgence de sensibiliser ces populations aux mesures de protection de l'environnement et enfin, la nécessité de développer des technologies appropriées aux besoins d'énergie et à la gestion des déchets respectueuses de l'environnement.

Protection de l'environnement

Les gouvernements des pays himalayens semblent désormais plus sensibles à la protection de l'environnement.

Zones de conservation
Des réglementations ont été créées pour mieux contrôler l'usage des ressources naturelles : restriction d'accès à certaines régions, contrôle des déchets, interdiction des feux de bois. Des réserves nationales et des zones de conservation ont été créées. Des organismes ont été mandatés pour gérer les programmes de protection de l'environnement. L'Annapurna Conservation Area Project et le Sagarmatha Pollution Control Committee au Népal en sont de bons exemples.

Annapurna Conservation Area
L'Annapurna Conservation Area est la plus grande zone protégée du Népal. Des mini-centrales électriques y ont été construites pour limiter l'utilisation du bois de chauffage, des opérations de reboisement et de nettoyage, financées par les redevances des visiteurs et l'aide internationale, sont mises en oeuvre périodiquement afin d'assurer une meilleure gestion du milieu et de ses ressources. Les populations locales ont été sensibilisées à la problématique de la protection de l'environnement et appelées à participer à la mise en oeuvre du projet.

Un long cheminement
Si dans certaines régions, les résultats de telles initiatives s'avèrent encourageants, ailleurs, ils sont métigés. Comment en effet encourager la découverte d'un milieu tout en préservant son intégrité tant naturelle que culturelle ? Comment s'assurer que les communautés autochtones bénéficieront de manière durable  des retombées socio-économiques de l'écotourisme ? Comment convaincre des populations démunies de respecter des mesures de protection de l'environnement restrictives quant à l'usage des ressources de leur milieu ? Comment leur faire comprendre l'importance de développer une vision à long terme alors qu'elles doivent consacrer dans l'immédiat l'essentiel de leur énergie à la survie ? Autant de questions auxquelles sont confrontés les pays himalayens.

 

Écotourisme et développement

Les initiatives ayant permis la création de zones de conservation et la mise sur pied d'organismes locaux dédiés à la protection de l'environnement ont pavé la voie à l'approche plus récente misant sur l'écotourisme comme moyen de développement durable. L'écotourisme consiste essentiellement à favoriser la découverte d'un milieu naturel tout en préservant son intégrité. Associé à la notion de développement durable, il vise à faire bénéficier les populations locales des retombées qu'il génère.

En 2002 se tenait à Québec le premier Sommet mondial de l'écotourisme. Plus de 1 000 délégués représentant 132 pays, dont les pays himalayens, y ont participé. Ayant pour thème principal, le rôle de l'écotourisme dans le processus de développement durable, il visait à promouvoir l'échange d'informations sur les moyens de gérer le développement du tourisme dans une perspective de protection de l'environnement et de préservation des cultures autochtones. Les recommandations des participants au sommet ont été regroupées dans la Déclaration de Québec.

Déclaration de Québec - Écotourisme

 


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Photo :
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