Les
Tibéto-Népalais ne constituent pas
une groupe homogène. Ceux que l'on désigne ainsi appartiennent
en réalité à diverses ethnies qui ont toutefois
en commun leur origine mongoloïde et qui parlent des langues
ou dialectes de souche tibéto-birmane.
Bhotia
Il
y a une certaine confusion dans la documentation au sujet des Bhotias.
Ce mot est souvent utilisé comme terme
générique pour désigner ceux qui viennent du pays
de Bod (Tibet). Il s'agit donc d'une population dispersée habitant
le haut Himalaya. En raison du relief de cette imposante
chaîne, les communautés bhotia vivent isolées les
une des autres. Au Bhoutan et au Sikkim, les Bhotias constituent
le groupe majoritaire. Ils vivent aussi à la frange nord du
Népal
près de la frontière tibétaine,
notamment au Mustang, au Dolpo et dans le district de Manang. Les Bhotias
sont au nombre d'environ 20 000.
Les Sherpas sont souvent considérés
comme des Bhotia. Paysanne
Bhotia de Lo Manthang
Les
Bhotias sont bouddhistes. Leurs croyances sont toutefois empreintes
de chamanisme. Ce sont de rudes montagnards
vivant la plupart du temps au sein de petits villages isolés.
Leurs sociétés sont constituées de clans exogames
patrilinéaires :
on se marie à une personne d'un clan différent et les
enfants sont rattachés au clan du père qui exerce l'autorité sur
eux. Ils sont cultivateurs dans les hautes vallées et éleveurs
semi-nomades en plus haute altitude. L'hiver, ils descendent vers les
centres de commerce
pour y vendre animaux, fromage, laine, couvertures afin de se procurer
du riz et d'autres céréales qui leur permettront de
subvenir à leurs
besoins jusqu'à la prochaine récolte. Le commerce caravanier
avec le Tibet était autrefois très répandu chez
les Bhotias du Dolpo et du Mustang. Le sel tibétain était échangé contre
diverses denrées et marchandises. Il a diminué depuis
l'annexion du Tibet par la Chine. Dans certaines regions reculées,
la polyandrie fraternelle serait encore pratiquée : plusieurs
frères partageant alors une même épouse.
Mustang Au
nord de l'Annapurna, le Mustang, ancien royaume de Lo, est habité par
des Bhotias que l'on nomme souvent Lopa (peuple de Lo). La mousson
ne sy
rend pas et les conditions climatiques sont quasi désertiques.
Région
fermée aux étrangers jusqu'au début des années
1990, on ne peut sy rendre quavec un permis émis à cette
fin. Royaume autrefois vassal du Népal,
la monarchie y a été abolie en 1959. On y vit de lélevage
du yak, de la mule et du mouton. De maigres cultures parsèment
le fond des vallées. Les maisons aux murs
de terre sont regroupées dans des villages perchés à 3 500 4 000
mètres d'altitude. On sy déplace le plus souvent à cheval.
Bouddhistes, ces Bhotias adhèrent aux sectes lamaïstes
Sakiapa et Karmapa.
Dolpo Au
nord du Dhaulagiri, les Bhotias habitant la vingtaine de villages du
Dolpo sont souvent appelés Dolpa. Leurs villages ressemblent à des
forteresses qui présentent beaucoup de similitudes avec les
agglomérations baltis du Karakoram. Ils pratiquent aussi lélevage
du yak, du mouton et de la chèvre. La culture y est difficile.
On doit se contenter de
la
pomme
de
terre, de lorge et du sarrasin. Leurs villages se
situent entre 3 500 et 4 000 mètres d'altitude.
Manang Les
Bhotias de Manang, parfois désignés Manangpa, habitent les hautes vallées
de la rivière
Marsyangdi dans le nord du Népal et vivent de manière
beaucoup moins isolée
que les autres Bhotias. Traditionnelement agriculteurs, éleveurs
et commerçants, leur culture s'est passablement transformée
et leur style de vie s'est diversifié. Bénéficiant
de privilèges commerciaux,
plusieurs d'entre eux ont réorienté leurs
activités commerciales et vendent aujourd'hui divers biens de
consommation produits dans le sud-est asiatique : montres, appareils électroniques,
etc.
Tamang
Les Tamangs habitent les moyennes
montagnes au nord et à l'est de la vallée de Katmandou, notamment la région
du Langtang. Selon les plus récentes estimations, cette population
compterait environ 1,3 millions d'habitants et constituerait l'une
des ethnies les plus importantes au Népal.
Ils
sont d'origine tibéto-birmane et bouddhistes
mais leurs pratiques religieuses témoignent de nombreuses croyances
animistes. La communauté tamang est divisée en clans
patrilinéaires exogames. Toutefois, certains clans permettent
le mariage avec des membres d'ethnies voisines telles celles des Gurungs
et des Magars. Les Tamangs sont dans une large proportion agriculteurs
et habitent sur des fermes assez isolées. Ils sont aussi menuisiers
et artisans. Plusieurs porteurs rencontrés sur les treks sont tamang.
Ceux qui sont venus s'installer à Katmandou
travaillent dans la confection de tapis, sont conducteurs de rikshaws
ou porteurs.
D'autres peignent des thangkas. Ils érigent des temples dans
leurs villages de même que des chortens. Ils
font appel à des
chamans pour conjurer la maladie ou le mauvais sort. Historiquement
située au rang le plus bas parmi les populations des Moyennes
montagnes, la communauté tamang a été largement
exploitée au profit des gens de castes (Brahmanes et Chhetris).
C'est une population pauvre. On les reconnait souvent à la bande
de tissu qu'ils enroulent autour de teur taille. Les femmes portent
souvent des bijoux suspendus à leur nez. Paysanne
Tamang de Tibling
Kirat : Rai et Limbu
De
souche mongoloïde, les Kirats sont les descendants
dune dynastie qui aurait régné sur la vallée
de Katmandou dès le VIIe siècle avant J.C. Ce peuple
se subdivise en deux groupes distincts, les Rais et les Limbus, qui
partagent néanmoins beaucoup de traits culturels en commun.
Rai Les Rais vivent au nord-est du Népal dans
la région drainée par la Sun Kosi (entre les rivières
Dudh Kosi et Arun) de même que dans le sud-ouest du Bhoutan.
Au Népal, leur population se chiffre à environ 648 000
personnes. Les Rais parlent des dialectes dérivés
de la langue kiranti de souche tibéto-birmane. Leur communauté est
organisée en groupes parentaux, chacun ayant de nombreuses subdivisions.
Influencés par le bouddhisme tibétain et surtout l'hindouisme,
ils pratiquent néanmoins leur religion traditionnelle empreinte
de cultes animistes. Ils vouent un culte à leurs ancêtres
et à des dieux locaux. Pratiquant autrefois le mariage par enlèvement,
les mariages arrangés entre parents sont encore nombreux mais
le libre choix des époux gagne en importance. Ils sont agriculteurs,
pratiquent la culture en terrasse et peuvent aussi faire de lélevage.
Ayant fait partie des fameux régiments gurkhas britanniques
et indiens, ils perpétuent la tradition militaire en étant
soldats. Ils habitent des maisons de pierres. Le dhami, personnage
important de leur communauté, est un chaman à la fois
devin, médium et guérisseur. Comme les Tamangs, les Rais
se situent au bas de l'échelle sociale. Ils bénéficient
de programmes gouvernementaux visant à leur venir en aide.
Limbu Les Limbus font aussi partie du peuple
kiranti. Ils habitent l'extrême est du Népal
entre la rivière
Arun et la frontière du Sikkim. Certaines communautés
sont aussi installées dans le Terai. Leur population est estimée à environ
370 000 personnes. Les Limbus parlent un dialecte dérivé de
la langue kiranti de souche tibéto-birmane. Leur organisation
sociale est fondée sur le clan patrilinéaire regroupant
plusieurs familles sous l'autorité d'un chef. Ils vouent également
un culte aux ancêtres. Ils vivent au sein de petits villages
dans des maisons de pierres entourées de cultures et pratiquent
une agriculture autosuffisante. Ils font aussi l'élevage de
la chèvre, du mouton et du poulet. Bien qu'influencée
par le bouddhisme tibétain, leur religion comporte des croyances
animistes et des cultes chamanistes. Ayant fait partie des fameux régiments
gurkhas britanniques et indiens, ils perpétuent la tradition
militaire. Paysanne
Limbu de Shinmun
Magar
Les
Magars habitent sur les versants sud et ouest du Dhaulagiri au Népal
de même qu'au Sikkim. Leur population
est estimée à environ 1,6 millions de personnes. Les
Magars sont d'origine tibéto-birmane. Ceux
qui vivent le plus au nord pratiquent le bouddhisme tibétain.
Au sud, ils deviennent de plus en plus hindouistes. Ils vivent dans
des maisons à deux étages, la plupart du temps recouvertes
d'une couche d'argile rouge, chapeautées par un toit de chaume.
Pour la plupart agriculteurs, ils sont aussi pasteurs, artisans ou
ouvriers. Ayant été nombreux dans les régiments
gurkhas, leurs soldes constituent un facteur important dans léconomie
de leur village. Lorsquils sont de religion hindouiste, ils suivent
les coutumes brahmaniques et font appel aux prêtres brahmanes.
Ils manifestent une grande faculté d'adaptation et ne semblent
pas plus soucieux qu'il ne le faut de maintenir leur spécificité.
Dans leur zone d'habitat, au nord, leur genre de vie s'apparente à celui
des Bhotias. Au sud cependant, ils sont devenus hindouistes
et on les différencie mal des Chhetris. Les Magars,
sintègrant de plus en plus dans les villages dominés
par dautres groupes ethniques, se répandent davantage
sur le territoire népalais. Paysan
Magar de Ghatekhola
Gurung
Les
Gurungs vivent dans la région de Pokhara,
dans la vallée de la Kali Gandaki et sur les pentes sud du massif
de l'Annapurna au Népal. Vivant en plus haute altitude que les
Magars, et un peu plus à l'est, ils sont néanmoins proches
de ces derniers en termes d'affinités culturelles, du moins,
ceux restés fidèles à leur origine tibétaine.
Leur population est estimée à environ 556 000 personnes.
Les Gurungs parlent une langue appartenant à la
famille des langues tibéto-birmanes. Certains d'entres eux sont
bouddhistes tandis que d'autres ont adopté l'hindouisme. Les
bouddhistes ont conservé leurs pratiques chamanistes ancestrales :
leurs prêtres sont des exorcistes-guérisseurs et devins.
Ce groupe est divisé en deux sous-groupes, chacun constitué de
plusieurs clans patrilinéaires. Ils distinguent cependant en
leur sein des catégories de personnes intouchables (forgeron,
tailleur, etc.). Ils sont agriculteurs et pasteurs. Certains pratiquent
la transhumance saisonnière en conduisant leurs troupeaux dans
les pâturages d'altitude durant l'été. Les Gurungs
ont une longue tradition militaire puisqu'ils ont fait partie des régiments
gurkhas des armées britannique et indienne. Ils sont aujourd'hui
nombreux dans l'armée et dans la police népalaises. Paysan
Gurung de Baisi Kharka
Thakali
De
souche mongoloïde, sans doute originaires
du Tibet et parlant une langue tibéto-birmane, les Thakalis
habitent la vallée de la Kali Gandaki. Ils sont environ 13 000
au Népal.
Beaucoup ont émigré là où il y avait des
possibilités
de faire du commerce. La vallée de la Kali Gandaki ayant été de
tout temps une importante piste caravanière entre l'inde et
le Tibet, notamment pour le commerce du sel provenant du Tibet, ils
sont traditionnellement des marchands et des entrepreneurs. Ils se
sont convertis en aubergistes pour accueillir les touristes sur les
itinéraires de trekking partant de Pokhara, notamment le trek
de Jomsom et le fameux circuit de l'Annapurna, le trek le plus populaire
du Népal. Ils sont aussi agriculteurs et cultivent l'orge et
la pomme de terre. Étant entrepreneurs, ils savent s'adapter
aux situations nouvelles. De foi bouddhiste, ils ont adopté l'hindouisme
par pragmatisme.