Zone Himalaya... le Népal au rythme des pas

   


Histoire du Népal

L’émergence du Népal résulte de l’unification d’un ensemble de royaumes et de principautés entreprise vers 1750 par Prithvi Narayan Shah. Avant le milieu du XVIIIe siècle, l’histoire du Népal se confond avec celle de la vallée de Katmandou.

Les Lichhavi

Venus de l’Inde, les Lichhavi auraient immigré dans la vallée de Katmandou environ 250 ans avant J.C. L’ère des Lichhavi constitue sans doute le premier point de repère historique valable puisque documenté. La dynastie des Lichhavi fut remplacée par celle des Takhuri du IXe au XIIe siècle. Cette période en fut une de tolérance religieuse où hindouisme et bouddhisme ont su coexister.

L'empire Malla

Au XIIIe siècle, les Malla édifièrent un empire. Pendant deux siècles, les arts et le commerce se développèrent. L’empire se désintégra en plusieurs petites principautés tandis que Les Malla continuèrent à régner sur la vallée de Katmandou, qui fut divisée en trois royaumes distincts en 1484 : Katmandou, Bhaktapur et Patan. Cette période fut caractérisée par la construction de nombreux temples et palais. Pendant un long moment, c'est ainsi que rivalisèrent ces petits royaumes. Les Malla se sont aussi avérés tolérants envers le bouddhisme.

La dynastie des Shah

Les guerres de pouvoir entre ces royaumes affaiblirent les monarques et préparèrent l’arrivée de Prithvi Narayan Shah, descendant de la maison des Gorkha, régnant sur un petit royaume à mi-chemin entre Pokhara et Katmandou. Conscient de la fragilité des royaumes et principautés disséminés sur un vaste territoire, il entreprit de les unifier vers 1750. En 1768, Katmandou devenait la capitale du Népal. La dynastie Shah était désormais bien établie. Elle règne sur le Népal depuis.

Ce roi réussit à inculquer aux diverses ethnies et tribus, un sentiment d’identité nationale. Alors que les rois de la dynastie des Shah se succédaient, les conflits régionaux prirent de l’ampleur. Après deux guerres contre le Tibet (1788 et 1791), la Chine intervint pour stopper l’expansion du Népal. Une autre guerre opposa le Népal à la Grande Bretagne au sujet d’une dispute territoriale dans le Terai. Cette guerre fut perdue par le Népal et, par le traité de Sugauli (1816), ses frontières furent redessinées : le Népal perdit une partie du Terai de même que le Sikkim situé à l'est du Népal actuel. Le pays se replia sur lui-même avec l'arrivée au pouvoir de la famille Rana.

La famille Rana

À la suite d'une lutte de pouvoir, Jung Bahadur Rana émergea comme leader vers 1845. Il dépouilla le roi de ses pouvoirs, se fit nommer Premier ministre, fonction qu’il rendit héréditaire, et nomma ses frères aux principales fonctions de l'État. Le pays fut interdit aux étrangers.

Devant la toute-puissance du pouvoir colonial en Inde, les Rana cherchèrent à négocier des arrangements pour sauvegarder l’indépendance du Népal. Ainsi, les Britanniques eurent la permission de recruter des Népalais pour constituer les fameux régiments gurkhas, reconnus pour leur bravoure et la grande qualité des combattants. Le gouvernement accepta aussi la présence d'un résident britannique pour le « conseiller » en matière de politique extérieure. Les Gurkhas népalais apportèrent même leur aide à l'Empire britannique pour mater la mutinerie des « cipayes » en Inde. La domination de la famille Rana dura cent ans, période pendant laquelle le Népal connu une stagnation.

Après l’indépendance de l’Inde (1947), le gouvernement Rana perdit tout support exterieur. À la suite de mouvements de protestation populaire et alors que les revendications du Parti du congrès népalais, nouvellement créé, obtenaient le support du roi Tribhuvan, le Premier ministre décida de déposer le roi, qui se réfugia en Inde.

Tandis que la révolution éclatait, Jawaharial Nehru, alors Premier ministre de l’Inde, refusa de reconnaître cette déposition et fit pression pour que le Népal procède à une réorganisation politique, en se fondant sur des principes démocratiques. Le Premier ministre Rana fit introduire des représentants du Parti du congrès au cabinet mais la tension entre les Rana et ces derniers précipita la déchéance du Premier ministre en 1951. Le Parti du congrès prit le contrôle du nouveau cabinet. À la mort du roi Tribhuvan en 1955, son fils Mahendra lui succéda.

Les Panchayats

En 1959, une constitution fut adoptée et des élections furent tenues pour former une Assemblée nationale. Le Parti du congrès remporta une victoire mais les conflits incessants entre le cabinet et le roi Mahendra conduisirent le souverain à démettre le cabinet, à emprisonner la plupart de ses membres, à suspendre le parlement et à promulguer une nouvelle constitution lui octroyant tous les pouvoirs (1960). Le roi institua alors le système des Panchayats. Ce système consistait en Conseils représentatifs des différentes divisions territoriales du pays. Ainsi, des Conseils locaux désignaient les membres des Panchayats de district, lesquels se faisaient représenter au Panchayat national. Dans les faits, le pouvoir demeurait aux mains du souverain qui nommait 16 des 35 membres du Panchayat national, de même que le Premier ministre et les membres du cabinet. Des réformes furent mises sur pied : réforme agraire et modernisation du code légal pour abolir notamment la discrimination sur la base des castes.

Une démocratie frileuse

Le roi Birendra Bir Bikram Shah Dev lui succéda en 1972 et s’efforça de sauvegarder le système politique en maintenant l’interdiction des partis politiques. L’arbitraire, la corruption et une montée des prix, consécutive à de mauvais approvisionnements, alimentèrent la colère du peuple. La violence éclata en 1979. Le roi organisa un référendum qui indiqua la préférence de la population pour un système politique sans parti. La majorité étant faible, le roi voulu assouplir le régime en organisant une élection générale pour désigner les membres d’une nouvelle Assemblée nationale. Cette démocratie minimaliste ne réussit à satisfaire personne, d’autant plus que le roi continuait à exercer un pouvoir quasi absolu tout en s’appuyant sur une censure extrêmement forte.

Des protestations et des grèves eurent lieu. Le roi fit appel à la force pour endiguer le mouvement mais sans grand succès. La situation dégénérant dangereusement, le roi leva l’interdiction des partis politiques et nomma un gouvernement intérimaire dirigé par le chef du Parti du congrès en 1990. Une nouvelle constitution fut promulguée instituant une monarchie constitutionnelle multipartite. Le roi demeura le Chef de l’État mais le pouvoir exécutif fut remis à un Conseil des ministres agissant sous l’autorité d’un Premier ministre nommé par le roi. Le Parti du congrès népalais gagna les premières élections démocratiques en 1991 et son secrétaire général, Girija Prasad Koirala, fut nommé Premier ministre.

La guerre du peuple

En 1996, le Communist Party of Nepal-Maoist (CPN-M), fatigué par la corruption généralisée des rouages de l'État et l'inefficacité des politiques de développement, en appela à la « guerre du peuple ». Les rebelles maoïstes réussirent à obtenir un certain soutien populaire dans les régions pauvres de l'ouest du Népal. La guérilla mèna des attaques contre des postes de police et d'agences gouvernementales dans certaines régions rurales isolées. Les attaques se sont multipliées et étendues à d'autres régions, faisant de nombreuses victimes parmi les policiers et les officiers du gouvernement en poste sur le territoire.

Le 1er juin 2001, dix membres de la famille royale népalaise furent tués dans une fusillade au Palais royal à Katmandou, dont le roi Birendra lui-même, la reine Aishwarya, leurs enfants et des soeurs du roi. Cette fusillade aurait résulté d'une dispute familiale mettant en cause le fils aîné du roi qui décéda quelques jours plus tard des suites de sa tentative de suicide. Le 3 juin 2001, le roi Gyanendra succèda à son frère Birendra dans l'indifférence générale.

Entre juillet et novembre 2001, un cessez-le-feu permet la tenue de pourparlers avec la guérilla maoïste mais sans résultat. En octobre 2002, le roi Gyanendra se met toute la classe politique à dos en suspendant le Parlement et en démettant de ses fonctions le Premier ministre élu Sher Bahadur Deuba pour sa soit disante incapacité à régler le problème des insurgés maoïstes. De janvier à août 2003, une seconde série de négociations avec la guérilla n'aboutit pas.

L'état d'urgence

En juin 2004, le roi nomme à nouveau Sher Bahadur Deuba Premier ministre. Le 1er février 2005, il limoge le Premier ministre, s'approprie les pleins pouvoirs, forme un nouveau Conseil des ministres composés de fidèles, décrète l'état d'urgence, instaure la censure et suspend les droits fondamentaux afin de museler l'opposition. De nombreux acteurs politiques sont arrêtés et emprisonnés.

Pendant ce temps, la rébellion tire avantage de l'instabilité politique du pays qui a vu 15 gouvernements se succéder depuis 1991. Elle ne cesse d'augmenter son emprise. Elle prend désormais pour cible non seulement les forces de l'ordre mais aussi certaines infrastructures publiques et privées dont les centres de communication. Au cours des dix années de guérilla, le conflit a fait près de 13 000 victimes au Népal (données d'avril 2006).

Au début 2006, les sept principaux partis d'opposition concluent une alliance informelle avec les rebelles maoïstes au terme de laquelle ceux-ci décrètent un cessez-le-feu unilatéral à durée indéterminée dans la vallée de Katmandou afin de permettre aux partis d'organiser un bandh (grève générale) ayant pour but de faire pression sur le roi pour le rétalissement de la démocratie.

La grève générale

L'Alliance des partis d'opposition appellent la population à participer à la grève générale de quatre jours à compter du 6 avril 2006. Au fil des jours, elle se transforme en un vaste mouvement de contestation populaire. Le régime tâche par tous les moyens de contenir les centaines de milliers de personnes qui manifestent à travers le pays : couvre-feu, ordre de tirer à vue sur les contrevenants, bouclage de la capitale pour protéger le palais royal. Le pays est paralysé. Les manifestants ne sont plus seulement des paysans contrôlés par les maoïstes. Les nouvelles classes moyennes urbaines, les gens d'affaires, les intellectuels, les médecins, les juristes, les enseignants, les employés de l'état, les étudiants se mobilisent, défient le couvre-feu, descendent dans la rue et réclament la restauration de la loktantra (démocratie). Les slogans hostiles au roi se font plus insistants. De nombreux Népalais réclament le départ du roi.

La communauté internationale exhorte le roi Gyanendra à faire preuve de retenue et à restaurer la démocratie. Le Haut commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme condamne l'usage excessif de la force par la police et l'armée. De nombreux observateurs, dont des diplomates en poste à Katmandou, jugent que la situation a atteint un stade critique. L'Inde envoie un émissaire spécial à Katmandou avec mission de remettre une lettre personnelle du Premier ministre indien au roi Gyanendra, retranché au Palais royal Narayanhiti. Le Népal vit une crise majeure dont le dénouement est incertain... !

Le rétablissement du Parlement

La pression de la communauté internationale se fait de plus en plus vive. La rue tente à plusieurs reprises de marcher sur le palais royal protégé par l'armée qui n'arrive plus à contenir les manifestants qui se comptent par centaines de milliers. Le 24 avril 2006, un peu avant minuit, le roi annonce le rétablissement du Parlement. Le lendemain, la grève générale est levée. L'Alliance des partis d'opposition désigne un Premier ministre, Girija Prasad Koirala, qui est nommé par le roi. Le Parlement est convoqué et le Premier ministre forme un gouvernement de sept membres. Le Népal vit un moment historique. La démocratie est restaurée mais le roi est allé trop loin. De nombreux groupes maintiennent la pression sur le nouveau Gouvernement afin que les pouvoirs du roi soient réduits.

Proclamation du Gouvernement

Tandis que le Gouvernement annonce son intention de tenir des élections pour la formation d'une Assemblée constituante qui sera chargée de rédiger une nouvelle constitution et invite les rebelles maoïstes à des pourparlers de paix, il soumet au Parlement une proclamation visant à réduire les pouvoirs du roi. Ce dernier ne dispose plus d'aucun pouvoir significatif et se voit contraint d'adopter un profil bas.

Malgré toutes ces mesures, les maoïstes accueillent la proclamation en la qualifiant de succès partiel. Prachanda, l'ex-chef de la rébellion, déclare que cette proclamation ne répond pas aux aspirations profondes du peuple népalais.

Le Gouvernement dispose cependant d'un atout important. Les maoïstes savent désormais que la contestation populaire pacifique canalisée par les partis d'opposition a réussi en trois semaines ce que la guérilla, avec ses méthodes violentes, n'est pas parvenue à faire en dix ans... et 13 000 morts. Le verdict du peuple népalais est clair.

Accord de paix

Le 21 novembre 2006, malgré son âge avancé et une santé très précaire, le Premier ministre Koirala signe un accord de paix avec Prachanda, de son vrai nom Pushpa Kamal Dahal, dirigeant du Communist Party of Nepal - Maoïst (CPN-M) et sa branche armée, l'Armée du peuple. Il appelle les maoïstes à mener désormais leur combat dans le respect des règles démocratiques, comme tous les autres partis politiques.

Le Printemps de Katmandou aurait-il déjà commencé à fleurir ? Il reste sans doute un long chemin à parcourir avant que le Népal ne puisse jouir d'une véritable stabilité politique.

Suivi de la situation politique au Népal