Népal : la question cruciale du contrôle des armes

août 2, 2006
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L’ONU a appelé lundi les rebelles maoïstes et le gouvernement népalais à trouver une entente sur le contrôle des armes afin d’assurer la poursuite du processus de paix visant à mettre fin à 10 ans d’insurrection. «Il est très important d’avoir une entente commune entre tous les interlocuteurs népalais, en particulier en ce qui concerne le contrôle des armes», a dit Staffan DeMistura, chef de la mission de l’ONU invitée à jouer un rôle dans le processus de paix au Népal.

Position des parties
Le Premier ministre G. P. Koirala aurait déclaré à la délégation de l’ONU «que les rebelles ne seraient pas incorporés dans le gouvernement intérimaire tant qu’ils ne se seront pas séparés de leurs armes». Par ailleurs, Krishna Bahadur Mahara, coordonnateur de l’équipe de négociation maoïste, a révélé que le gouvernement et les maoïstes n’étaient pas encore parvenus à un niveau de compréhension commune minimal sur la question du contrôle des armes. Il a déclaré à la presse que «l’armée maoïste n’abandonnerait pas les armes avant l’élection d’une Assemblée constituante».

Optimisme malgré tout
Les négociations de paix s’acheminent-elles vers l’impasse ? Le ministre de l’Intérieur s’est voulu rassurant. «Nous allons parvenir à une compréhension commune avec les maoïstes relativement au contrôle des armes», at-il affirmé, avant la tenue d’une rencontre non-officielle entre les équipes de négociation gouvernementale et maoïste. Il a précisé que malgré les divergences de vue, les deux parties souhaitaient présenter une solution à l’équipe de l’ONU avant son départ prévu cette semaine.
| Sources : Kantipur News, Cyberpresse
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ANALYSE – Kanak Mani Dixit fait une analyse intéressante de la question du contrôle des armes au Népal dans le numéro de juillet de la revue Himal Southasian. Selon Dixit, plusieurs commandants de l’armée maoïste diraient en privé aux leaders politiques népalais que l’organisation maoïste ne survivra pas s’ils tentent d’imposer à leur base militante, l’idée d’un désarmement et d’une démobilisation immédiate de la force combattante. Les combattants maoïstes ont été endoctrinés et socialisés dans une culture révolutionnaire violente. Le désarmement et la démobilisation signifient pour eux une perte de pouvoir, de prestige et même de revenu. De plus, ils ne font pas confiance à l’état major de l’Armée népalaise et craignent les représailles des villageois qu’ils ont maintenus sous leur contrôle par la menace, les extorsions et la brutalité. Les combattants accepteraient cependant le cantonnement des bataillons et l’inspection des armes par l’ONU.

D’autre part, fait remarquer l’auteur, les maoïstes doivent comprendre que les partis politiques font aussi face à des pressions. Ils ont promis la paix et la tenue d’élections d’ici avril 2007. Les Népalais ne pourront pas s’exprimer librement lors des élections d’une Assemblée constituante si le contrôle des armes n’est pas assuré. Les Népalais doivent avoir l’assurance que, quel que soit le verdict populaire lors des élections, ils n’auront pas à souffrir de représailles de la part de rebelles maoïstes aux idées revanchardes qui, désarmés, devront se soumettre aux règles de la démocratie.
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OBSERVATION – Dans un tel contexte, on peut se demander si un désarmement et surtout une démobilisation trop rapide comportent un risque réel de rupture entre la base militante et le leadership maoïste ? Notons que dans le présent contexte de négociations, il semble que les actions des cadres maoïstes sur le terrain ne concordent pas toujours avec les déclarations de leurs leaders… indiquant peut-être en cela, la difficulté qu’éprouve la base militante à épouser les nouvelles orientations préconisées publiquement par les chefs du mouvement insurectionnel. À moins qu’il ne s’agisse d’une stratégie délibérée visant à mettre de la pression sur le gouvernement pour obtenir le maximum de concessions dans le cadre des négociations de paix !

En effet, la démocratie ayant été restaurée et les pouvoirs du roi réduits, la population souhaite désormais la fin de l’insurrection armée et de la violence. Elle commence à montrer des signes d’impatience face à la poursuite des exactions maoïstes et aux déclarations de bonnes intentions quasi quotidiennes du gouvernement tandis que les négociations traînent en longueur.

La question du contrôle des armes est donc cruciale pour la poursuite des discussions de paix. Le succès de ces discussions ne sera possible que si les solutions proposées tiennent compte des problématiques propres à chacune des parties. Pour les partis politiques, l’assurance de la tenue d’élections libres de toute menace de recours à la force avant, pendant et après les élections. Pour les maoïstes, une place au sein d’un gouvernement intérimaire assortie d’un mécanisme efficace de contrôle des armes offrant une garantie de non-recours à la violence et minimisant le risque possible d’une rupture entre le leadership et la base militante maoïstes, voir l’éclatement de l’organisation maoïste en groupuscules armés plutôt que sa conversion en un véritable parti politique intégrant le système démocratique multipartite.

2 Responses to “Népal : la question cruciale du contrôle des armes”

  1. Bonjour

    Merci pour cette synthèse de la problématique népalaise actuelle. C’est vraiment très clair. Espèrons que les dirigeants maoïstes parviendront à convaincre leur base. Mais n’ont-ils pas trop joué avec le feu de l’endoctrinement et de la violence ?
    Croisons les doigts. Ce serait génial d’arrriver à une solution démocratique intégrant toutes les composantes !! Et ce serait une « première » en Asie !
    Namasté à tous !
    Paul

  2. Namaste Paul,

    Je partage votre avis. Les leaders maoïstes ont une lourde responsabilité par rapport aux jeunes Népalais qu’ils ont recrutés et endoctrinés. C’est le coup classique du retour du balancier. J’espère qu’ils mettront autant d’ardeur à les convaincre du bien-fondé de leur changement de cap que les efforts qu’ils ont déployé pour les socialiser à la culture révolutionnaire. Le problème du retour à la vie normale des combattants maoïstes est crucial. Force est de constater que l’ambiguïté du dicours maoïste présentement ne constitue pas un facteur aidant.

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