Népal : la fête est terminée… la véritable tâche commence !

juin 3, 2008

Le Népal est devenu une république démocratique fédérale, le roi Gyanendra accepte de quitter le palais sans rechigner, les Népalais sortent d’un long congé décrété pour célébrer l’événement. La fête est maintenant terminée. L’édification du nouveau Népal est loin de l’être toutefois.

À l’ordre du jour : la formation d’un nouveau gouvernement, la rédaction d’une nouvelle constitution par l’Assemblée constituante et, durant la période de transition pendant laquelle les élus façonneront la nouvelle république, l’administration du pays selon des principes de gouvernance démocratiques, efficaces et responsables. La tâche est lourde.

Déjà, au regard de la formation d’un gouvernement, les discussions entre partis politiques piétinent. Les maoïstes, le parti vainqueur aux élections, veulent tout rafler même s’ils insistent pour former un gouvernement de coalition. Ils veulent les postes de président et de premier ministre, les portefeuilles les plus importants et le maintien de la majorité des deux tiers prévue dans la constitution provisoire pour former ou défaire le gouvernement.

Pourtant, si le parti maoïste a obtenu le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée constituante, ces derniers représentent à peine plus du tiers de l’ensemble des élus. On est loin du balayage électoral. Fiers d’être en tête du classement, on peut les comprendre de pavoiser. Ils doivent toutefois admettre qu’ils ne sont pas majoritaires et agir en conséquence. La composition du prochain gouvernement ne devrait-elle pas refléter la volonté des Népalais telle qu’elle s’est manifestée aux urnes ?

Craignant l’autoritarisme, les trois autres partis en importance s’opposent à la visée des maoïstes. Reconnaissant aux maoïstes la responsabilité de former le prochain gouvernement, ils préconisent néanmoins un meilleur équilibre des pouvoirs en confiant les fonctions de premier ministre et de président «constitutionnel» à des partis distincts et souhaitent amender la constitution provisoire pour remplacer la règle des deux tiers par celle de la majorité simple.

Ils insistent également pour que les maoïstes donnent enfin suite à plusieurs de leurs engagements qui sont restés de vains mots à ce jour : le démantèlement définitif de l’Armée de libération du peuple et de leur aile jeunesse militante qui se croient tout permis, le retour des terres confisquées pendant l’insurrection à leurs propriétaires, la cessation de la violence comme moyens d’intimidation pour arriver à leurs fins, surtout dans les campagnes où ils sont fermement implantés depuis la rébellion. Certains partis en font même des pré-conditions pour participer à un gouvernement de coalition.

Comme ils l’ont fait fréquemment au cours des 2 dernières années, les maoïstes campent sur leurs positions… et menacent de descendre dans la rue ou de se retirer du gouvernement, en faisant miroiter en termes à peine voilés, une autre révolution, pour infléchir les autres partis. Ils ont ainsi obtenu des gains substantiels, dont l’engagement des autres grands partis à voter l’abolition de la monarchie lors de la session inaugurale de l’Assemblée constituante, avant même que celle-ci ne soit élue.

En démocratie, la confrontation des idées et des projets est normale, essentielle même, et appelle la discussion, la négociation et la capacité à réaliser des compromis lorsqu’un parti minoritaire, même s’il dispose du plus grand nombre d’élus, est appelé à exercer le pouvoir. Menacer d’utiliser la force pour contraindre ses adversaires politiques est un réflexe autocratique.

Aussi, l’idéologue du Parti communiste du Népal – Maoïste (PCN-M), le Dr. Baburam Battarai, devrait vite se débarrasser de ses vieux réflexes de «rebelle» et reléguer au placard sa rhétorique. Elle est usée et ne correspond plus à la réalité d’aujourd’hui. Si plusieurs observateurs se sont interrogés sur la tentation possible des maoïstes de reprendre les armes au lendemain d’une élection qui ne leur accorderait pas une place significative sur l’échiquier politique du pays, la question ne me semble plus pertinente aujourd’hui. En mettant fin à leur insurection, les maoïstes sont devenus la principale force politique du pays en à peine deux ans, alors qu’ils piétinaient toujours dans les campagnes après 10 années d’insurection qui a fait 13000 morts.

Le chemin parcouru par les maoïstes est important. Leurs gains politiques sont appréciables et indéniables… mais non pas irréversibles. Au lieu de menacer de descendre dans la rue, ou de retourner dans la jungle, dès qu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, les maoïstes devraient apprendre à négocier en cessant toute référence, même voilée, à leur machine de guerre gardée à peu près intacte. Il est lassant d’entendre les maoïstes faire des promesses et prendre des engagements qu’ils ne respectent pas. Et tout aussi lassant de les entendre menacer pour obtenir gain de cause alors qu’ils savent très bien que tout retour en arrière est à toutes fins pratiques exclu. Les Népalais viennent de se débarasser d’un roi despote. Ils ont crié haut et fort leur aspiration à la paix, au changement et à l’établissement d’une véritable démocratie. Les maoïstes ne doivent surtout pas l’oublier.

Opinion libre

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