Népal: impasse politique
C’est à nouveau l’impasse politique au Népal. Alors que le nouveau Premier Ministre Madhav Kumar Nepal n’arrive pas à compléter son cabinet, faute de consensus entre les 22 partis de la nouvelle coalition, les maoïstes paralysent les travaux de la Chambre des représentants et organisent des manifestations dans les rues.
L’enjeu majeur concerne la direction de l’armée népalaise. Les maoïstes exigent le départ de l’actuel commandant en chef de l’armée, Rookangud Katawal, et son remplacement par le lieutenant général Chhatra Mansingh Gurung, vraisemblablement plus ouvert aux propositions des maoïstes relativement à l’intégration des ex-rebelles au sein de l’armée.
Les maoïstes insistent aussi pour que le Premier Ministre qualifie d’anticonstitutionnelle, dans une adresse à la chambre, la décision du Président du Népal, de réinstaller le commandant en chef de l’armée à son poste après son limogeage par l’ancien Premier Ministre maoïste, Pushpa Kamal Dahal, qui a démissionné à la suite de cette rebuffade infligée par le Chef de l’État.
Le Premier Ministre Nepal aurait demandé à la direction de l’armée de surseoir à toute décision concernant l’affectation des hauts officiers au sein de l’état major, pendant que les discussions entre les partis se poursuivent. En toile de fond à toute cette affaire, une allocution de l’ancien Premier Ministre maoïste à ses troupes, enregistrée à son insu, dans laquelle il affirmait que l’intégration des anciens combattants maoïstes dans l’armée allait permettre à ceux-ci de la noyauter en raison de leur engagement à réaliser les idéaux communistes, qui n’ont pas leur pareil dans l’armée régulière.
La situation politique actuelle est-elle dangereuse pour la paix ? La plupart des observateurs n’en sont pas là pour l’instant. Même si dans le passé, les maoïstes ont fréquemment retourné leur veste, ils se sont fort bien positionnés sur l’échiquier politique en acceptant de se plier aux règles démocratiques, au point de sortir victorieux lors de la dernière élection, même s’ils n’y ont pas obtenu la majorité absolue. Alors qu’ils avaient pris le contrôle de plusieurs régions rurales, principalement dans l’ouest du pays, ils n’ont jamais rallié à leur cause de manière significative, les populations des régions urbaines, après 10 années de guerre civile. En outre, tablant sur le vaste mécontentement populaire envers le roi Gyanendra, ils ont réalisé leur premier objectif, l’abolition de la monarchie, en ralliant les autres partis à leur cause. Seraient-ils encore capables de canaliser la sympathie de la population envers leur parti maintenant que le monarque détesté a quitté le palais et est devenu un simple citoyen ? D’autant plus que sous leur gouvernement, les conditions de vie n’ont cessé de se détériorer. Le pari est sans doute risqué… mais les maoïstes ont démontré à ce jour leur habilité à jouer avec le feu !
Sources des infos : NepalNews, eKantipur