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Le Bhoutan

Caché dans l’Himalaya oriental entre les deux géants que sont la Chine (Tibet) et l’Inde, Druk Yul, le pays du Dragon-Tonnerre, ainsi que l'on désigne le Bhoutan, est presque entièrement montagneux. Peuplé majoritairement par des Bhotias, le Bhoutan est soucieux de préserver son environnement, sa culture et ses valeurs religieuses. Le Bhoutan est resté fermé aux étrangers jusqu’en 1970. D’une superficie de 47 000 km² environ, il compterait aujourd'hui entre 1 million et 2,2 millions d'habitants, selon les sources consultées !

Géographie

Le Bhoutan est habituellement divisé par les auteurs en troisgrandes zones géographiques :

Plaine des Duars

La plaine des Duars (Daurs) au sud du pays est une étroite bande de terre d'une quinzaine de kilomètres de largeur et d'une altitude d'environ 300 mètres. C'est une zone chaude et humide recouverte de forêts tropicales et de savanes dont la mise en valeur est amorcée.

Moyen Himalaya

Au nord de cette étroite plaine, s’élève le Moyen Himalaya. Ces montagnes sont recouvertes de forêts denses et abritent des vallées fertiles au centre du pays.

Grand Himalaya

Plus au nord encore s'élève le Grand Himalaya avec ses sommets recouverts de neige, ses pâturages alpins où broutent les yacks durant les mois d’été et dont la plus haute montagne, le Kula Kangri culmine à 7 554 mètres d’altitude formant frontière avec la Chine.

Population

La population du Bhoutan est difficile à établir. Les chiffres varient selon les sources : entre 600 000 et un peu plus de 2,2 millions d'habitants.

Démographie

Le premier recensement national au Bhoutan (1969) indiquait 930 614 habitants. En 1988, les projections établies par le Gouvernement bhoutanais indiquaient près de 1,4 millions, un chiffre concordant avec l'estimation des Nations Unies. Toutefois, en 1990, le nombre réel se situait vraisemblablement à moins d'un million, d'habitants selon la U.S. Library of Congress (Country Studies-Bhutan), le Gouvernement du Bhoutan citant lui-même 600 000 habitants dans les années 1990. La non concordance des données démographiques résultent vraisemblablement, en partie du moins, de la décision du Gouvernement bhoutanais de ne plus considérer comme Bhoutanais, les Népalais résidant au Bhoutan. La CIA World Factbook indique 682,321 habitants selon une estimation de juillet 2008). Toutefois, d'autres sources continuent à indiquer 2,2 millions d'habitants !

Composition

La population du Bhoutan est essentiellement constituée de trois groupes ethniques : les Bothias, les Scharkopas et les Lhotsampas.

BOTHIA
Les Bothias, parfois appelés Drukpas (peuple du dragon-tonnerre) ou Ngalops, sont majoritaires. D'origine mongoloïde et de culture tibétaine, ils parlent le dzongkha, la langue officielle du pays, et constituent le groupe le plus influent politiquement. Leur religion est rattachée à la secte bouddhiste Drukpa Kagyapa. Habitant les vallées centrales et l'ouest du pays où ils sont cultivateurs, de même que le Haut Himalaya où ils mènent une vie semi-nomade comme éleveurs de yacks, leur système social est basé sur la famille patriarcale. L'héritage familial est cependant transmis également aux hommes et aux femmes. Le mariage « romantique » côtoie le mariage « arrangé ». Dans les couches de population moins aisées, les jeunes gens décident tout simplement d'habiter ensemble et déclarent ainsi leur mariage sans autre formalité. Les divorces sont fréquents. De toutes les étapes de l'existence, la mort est sans doute celle qui donne lieu aux rituels les plus importants puisqu'elle est en même temps renaissance. Le passage dans une autre vie doit donc se faire de la façon la plus favorable possible. Dès le décès, des moines viennent réciter le Livre des morts pour guider le défunt vers sa nouvelle vie. La dépouille est placée sur un bûcher ou dans une construction de bois à laquelle on met le feu. Le deuil peut durer de 3 à 49 jours selon l'aisance de la famille.

SHARKOPA
Les Sharkopas sont traditionnellement liés aux Bothias. On croit que ces tribus, s'apparentant aux populations de l'Assam, de l'Arunachal Pradesh (Inde) et de la Birmanie étaient déjà installées au pays bien avant l'arrivée des Bothias venus du Tibet. Les Sharkopas habitent principalement l'est du pays et sont adeptes du bouddhisme tibétain. Leur pratique religieuse incorpore, comme en maints endroits dans le haut Himalaya, des croyances animistes et des rituels chamanistes empruntés à la religion bön prébouddhique. Pratiquant la culture sur brûlis, ils brûlent la végétation, cultivent la terre pendant un certain nombre d'années et vont s'installer ailleurs lorsque la terre n'est plus productive.

LHOTSAMPA
Les Lhotsampas sont d'origine népalaise. Ces populations se sont installées au Bhoutan à partir du début du XXe siècle. Comptant pour environ 30% de la population (40% selon certaines sources dans les années 1980) et habitant principalement le sud du pays, ils sont majoritairement hindouistes, parlent le nepali et obéissent aux prescriptions du système de castes typique de leur pays d'origine. Ils appartiennent aux hautes castes brahmanes et chhetris et, dans une moindre mesure, aux ethnies népalaises gurung, tamang, limbu, rai et sherpa. Ils sont principalement agriculteurs. Contrairement à la situation au Népal où hindouistes et bouddhistes se côtoient dans l'harmonie et la tolérance, ici, les différences culturelles semblent avoir créé un clivage entre les communautés. Sentant sa culture menacée, la majorité drukpa a mis en oeuvre des mesures pour forcer l'acculturation des immigrés népalais. Ces mesures ont eu pour résultat de dépouiller de leur citoyenneté bhoutanaise de nombreux immigrés. Bon nombre d'entre eux se sont vus forcés de quitter le Bhoutan tandis que d'autres ont pris volontairement le chemin de l'exil.

Quelques auteurs distinguent en outre des tribus indigènes vivant dans des villages dispersés à travers le pays. Culturellement et linguistiquement rattachées aux populations du Bengale occidental et de l'Assam, elles obéissent pour l'essentiel aux prescriptions du système social hindouiste et pratiqent l'agriculture.

Société traditionnelle

Le petit royaume du Bhoutan a longtemps vécu replié sur lui-même. Avant 1960, il n'y avait pas de ville au Bhoutan. Depuis, des routes ont été construites et quelques villages sont devenus des centres urbains tels Thimphu (Thimbu) la capitale, Paro et Phuntsholing. La télévision n'est arrivée au Bhoutan qu'en 1999.

Bhoutan

Monastère de Taktsang | Paro

Le Bhoutan est une société essentiellement rurale. Près de 90% de la population pratiquent l'agriculture ou l'élevage. Les forêts sont abondantes et des mesures ont été prises pour les protéger. L'industrie a commencé à se développer dans le sud du pays et des voies commerciales ont été ouvertes, principalement avec l'Inde et le Bengladesh.

Texte alternatif

Dzong Rinchenpong | Paro

Au coeur de la plupart des vallées bhoutanaise se dresse un dzong, un monastère-forteresse abritant la communauté monastique locale de même que les bureaux régionaux de l'administration civile.

Le pays, aidé principalement par l'Inde et bénéficiant d'une aide étrangère importante, a amorcé son passage vers le XXIe siècle en mettant de l'avant une politique de modernisation qualifiée de « voie de développement mesuré ». Le Bhoutan veut relever le défi du développement en sauvegardant ses valeurs et son héritage culturel tout en préservant l'environnement.

Transition démocratique

Situation pour le moins singulière, le Bhoutan a entamé son processus vers la démocratie en 2001 sous l’impulsion du roi Jigme Singye Wangchuck. Ce dernier, très populaire auprès de la population, a lui-même amorcé la transition pour transformer la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle afin d'introduire la démocratie dans le pays. Il a abdiqué en décembre 2006 en faveur de son fils, Jigme Khesar Nagmyel Wangchuck, formé à Oxford, à qui il a demandé d'organiser des élections. Le Bhoutan est officiellement devenue une monarchie constitutionnelle avec l'élection d'une Assemblée nationale en mars 2008.

C'est l'ex-roi Jigme Singye Wangchuck qui a imaginé en 1974 une politique unique au monde s'appuyant sur le fameux concept du Bonheur national brut, visant à promouvoir l'idée que le bien-être des citoyens doit passer avant la croissance économique. Ce concept constitue depuis une sorte de cadre général pour toutes les politiques publiques du pays.

Ainsi, si le revenu moyen ne dépasse pas les 1 000 euros par an, les systèmes éducatif et de santé sont en revanche gratuits. La corruption n’existe quasiment pas, la qualité de l’administration est impressionnante, dit-on, et la préservation de l’environnement est une haute priorité nationale, dont l'Occident et les pays émergents de l'Asie auraient avantage à s'inspirer.

Mode de vie

Selon Françoise Pommaret (1991), une ethnologue ayant séjourné au Bhoutan en qualité de conseillère du gouvernement, les valeurs traditionnelles imprègnent le mode de vie des Bhoutanais. La plupart des habitants possèdent leur terre et il n'y a pas de famine au Bhoutan. Le bouddhisme est omniprésent et teinte tous les aspects de la vie collective. Les religieux exercent une grande influence sur les affaires de l'État. Une bonne partie de la communauté monastique est d'ailleurs subventionnée par le gouvernement. Le Je Khenpo, l'abbé suprême, est assisté par quatre moines ayant rang de ministre. Bouddha, Guru Rimpoche et d'autres divinités tantriques sont vénérés par la population. Les moines sont influents et très respectés. Ceux qui ne sont pas subventionnés sont soutenus par les populations locales.

Bhoutan

Fête religieuse au Bhoutan

Développement mesuré

Le Bhoutan semble engagé sur la voie du développement et de la modernisation. Un développement que l'on qualifie là-bas de mesuré. La protection de l'environnement et de la culture traditionnelle constituent les priorités du gouvernement. C'est sans doute ce qui explique que le gouvernement pratique une politique restrictive en ce qui a trait au tourisme. En 1997, à peine plus de 5 000 touristes ont pu visiter le pays. Le Bhoutan n'entend pas faire du tourisme, l'un des axes de son développement. Selon Françoise Pommaret, il semble trop tôt pour juger si la politique du développement planifié et mesuré permettra ici d'éviter les erreurs commises ailleurs.

Bhoutan

Dzong au Bhoutan

Réfugiés bhoutanais

Au début du XXe siècle, de nombreux Népalais sont venus s'établir dans le sud du pays. Vu leur nombre sans cesse croissant, et constatant leur grand attachement aux traditions culturelles de leur pays d'origine, le gouvernement légiféra en 1959 pour interdire leur établissement dans les vallées centrales du pays afin de préserver la culture drukpa.

MOUVEMENT DE CONTESTATION
Lorsque le Bhoutan s'engagea sur la voie de la modernisation, le pays fut exposé aux idéologies politiques et aux valeurs démocratiques typiques des sociétés dites modernes. Des dissensions virent le jour. Considérant que le développement du pays alimentait un mouvement d'opposition plutôt que de support à la monarchie, des mesures furent mises de l'avant en 1985 pour enrayer la contestation.

MESURES COERCITIVES
L'une de ces mesures avait pour but avoué d'affaiblir l'influence des immigrés népalais, alors considérés comme une menace à la monarchie absolue et à la culture drukpa. La langue dzonkha devint obligatoire pour tous les citoyens de même que le port des vêtements traditionnels bhoutanais. La pratique de l'hindouisme fut interdite. Les immigrés népalais s'opposèrent fermement à ces mesures, ce qui fut interprété par les autorités comme un geste de rébellion.

EXIL DES IMMIGRÉS NÉPALAIS
Le gouvernement durcit le ton en adoptant une nouvelle législation pour établir de nouveaux critères donnant droit à la citoyenneté bhoutanaise. Les législatioons antérieures à cet effet furent annulées, ce qui priva une large part des Bhoutanais d'origine népalaise de leur citoyenneté. L'opposition s'exprima sur la place publique et des appels furent lancés en faveur de l'instauration de la démocratie. L'armée fut envoyée sur place pour réprimer la contestation. Des gestes d'intimidation auraient par la suite été commis à l'endroit des immigrés d'origine népalaise, dont bon nombre quittèrent le pays, de gré ou de force. Plus de 100 000 personnes prirent la route de l'exil. Ils vivent désormais au Népal dans des camps de réfugiés sous l'égide du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Toutes les démarches entreprises depuis auprès du Bhoutan se sont avérées infructueuses.

La légende de Shangry La

Depuis la publication de Lost Horizon en 1933, on a vainement cherché ce paradis mythique, niché au coeur de l'Himalaya, surnommé Shangry La par le romancier américain James Hilton. Certains croient l'avoir trouvé au Bhoutan. Si le Bhoutan semble vouloir s'engager résolument dans le XXIe siècle, en tâchant d'éviter les pièges de la croissance à tout prix, les conditions de vie au quotidien n'y sont pas pour autant faciles. Le relief et le froid en haute altitude, de même que l'absence de technologies modernes, exigent des éleveurs semi-nomades du nord et des cultivateurs des vallées centrales, un dur labeur pour s'adapter à ce milieu qui n'a peut-être de paradisiaque que l'apparence. Mais le concept du Bonheur national brut, qui fait couler beaucoup d'encre, est peut-être en voie de conférer au Bhoutan, l'image d'un Shangri La. Les réfugiés bhoutanais expulsés de leur pays ne seront certes pas de cet avis.

Carte géographique
 Carte du Bhoutan

Crédits photo
© Alain Chenevière
© André Désiront