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Le peuple newar

Les Newar habitent principalement la vallée de Katmandou.   Ils y représentent près de la moitié de la population. Bhaktapur, Patan et Thimi entre autres sont des villes typiquement newar. Des communautés newar sont aussi dispersées à travers le Népal dans les centres de commerce. Mentionnons notamment Palpa, Bandipur, Pokhara, Biratnagar, Hetaunda, Birgunj, Nepalgunj, Bhojpur, Ramechhap, Baglung. Hors Népal, on trouve des communautés newar au Sikkim et à Darjeeling en Inde. Leur population totale se chiffrerait à environ 1,4 millions de personnes.

Leur langue, le newari, aussi désignée Nepal Bhasa, appartient au groupe des langues tibéto-birmanes. Leurs racines culturelles sont bouddhistes mais ils ont largement subi l'influence de la religion et des institutions hindoues. 

Organisation sociale

La société newar est régie par un système de castes qui, tout en étant distinct de celui des Pahari (Indo-Népalais des collines), en épouse quand même les grandes compartimentations. Selon Gérard Toffin (2000), la structure sociale newar présente une double hiérarchie : de hautes castes hindoues coexistent avec de hautes castes bouddhistes. Cette distinction s’atténue toutefois au sein des castes moins élevées, « où il devient difficile de distinguer ce qui est proprement bouddhiste de ce qui est hindou, tant les cultes et les concepts sont imbriqués ». On pourrait donc dire que les Newar pratiquent un amalgame des deux religions qui se sont fortement imbriquées pour constituer un ensemble religieux unique en Asie.

Thimi | Vallée de Katmandou

Newar en costume raditionnel à Thimi

La société newar accorde une grande importance à la famille et à la communauté. Lors de son mariage, l'épouse intègre la famille de son époux et doit se soumettre à l'autorité de sa belle-mère. Les Newar   ont bâti des villages qui sont devenus des cités dans lesquelles les habitations, regroupées autour de grandes cours intérieures dont le pôle d'attraction est le temple, forment des quartiers (tole). C'est dans ces toles que se déroule la vie au quotidien.

Métiers et professions

Les Newar ont une longue tradition artistique. Ils ont été bâtisseurs, architectes, sculpteurs, potiers, peintres, orfèvres. On croît que l'architecte newar Arniko (Araniko), de son vrai nom Balabahu, aurait donné naissance au XIIIe siècle à la pagode à toits superposés si populaire dans toute l'Asie.

Plusieurs de leurs villages étant jadis situés le long des pistes caravanières reliant l'Inde et le Tibet, les Newar ont rapidement excellé dans le commerce, qui est peut-être devenue leur marque la plus distinctive. Ils sont en effet de forts habiles commerçants. Ils sont aussi agriculteurs, éleveurs, artisans et exercent diverses professions reliées à la santé, au droit et à l'enseignement. Si leur présence dans les forces armées est négligeable, ils sont nombreux dans la classe politique et exercent une grande influence dans l'Administration publique par les fonctions qu'ils y occupent.

Changement dans la continuité

Ayant côtoyé la population Newar pendant plus de 25 ans, Gérard Toffin (1996) a effectué des études ethnologiques très poussées sur cette société. Voici comment il décrit la société traditionnelle newar.

« C’est une société repliée sur elle-même, volontiers secrète, compartimentée en une multitude de cellules jalouses de leur autonomie. Tout dans les vieilles agglomérations de la vallée de Katmandou respire la crainte et la méfiance. Chaque ville, chaque village, chaque caste constitue un monde clos et prend plaisir à souligner ses spécificités… Tout ce qui vient de l’extérieur leur est a priori suspect, jaugé avec une certaine circonspection… Ce besoin de fermeture, lié à des hiérarchies solides reposant sur des lois invariables résistera-t-il aux changements en cours ? »

Depuis l’ouverture du Népal sur l’extérieur, les structures sociales et les institutions des Newars sont soumises à de nombreuses tensions. Gérard Toffin nous fait observer notamment que certaines castes de services hésitent de plus en plus à assumer leurs responsabilités liturgiques traditionnelles envers les hautes castes, que les aînés ont moins d’emprise sur les jeunes et que les mariages intercastes deviennent plus nombreux. L’ordre clanique d’autrefois se fragilise. Il conclut toutefois que la culture newar n’est pas menacée de disparition car l’organisation sociale et la vie communautaire s’inspirent toujours du système de castes. Les valeurs traditionnelles seraient encore fortement enracinées dans la culture et les changements sociaux, quoique réels, n’auraient pas modifié les choses en profondeur… du moins pour l’instant.

Crédits photo
© John R. Jones

 

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